← Fiche du document
Dialogue des causes de la corruption de l'éloquence
DE LELOQVENCE.DE LELOQUENCE.
4
rude & ignorant qu’ il estoit, souffroit quecommerude et ignorant qu’il était, souffrait que
les Orateurs consommassent beaucoup de
temps á reciter leurs harangues grossieres,temps Clélie reciter leurs harangues grossières,
& depourueues d’ art & d’ ornemens; & enet dépurveves d’art et d’ornements; et en
ce temps là c’ étoit vne action digne dece temps là c’était une action digne de
loüange de parler jusques à la nuit.Alorslouange de parler jusqu’à la nuit. Alors
lon faisoit estat des longs exordes, & delon faisait état des longs exordes, et de
la suitte d' vne naration prise de loing; l’ onla suite d’une naration prise de loin; l’on
faisoit parade d’ vn grand nombre de diuifaisait parade d’un grand nombre de diuisions,
sions, & d’ vne chaisne infinie d’ argudiuisions, et d’une chaîne infinie d’arguments;
mens; lon obseruoit tous les preceptesd’arrêtments; lon observait tous les préceptes
qui sont compris dans les liures secs &qui sont compris dans les livres secs et
arides d’ Hermagoras & d’ Appollodorus;arides d’Hermagoras et d’Appollodorus;
& si quelqu vn ayant gousté de la Philoet si quelqu un ayant goûté de la Philosophie,
sophie, en tiroit quelque trait, & l’ enPhilosophie, en tirait quelque trait, et l’enchassait
chassoit dans son oraison, il receuoit desl’enchassait dans son oraison, il recevait des
loüanges qui l’ éleuoient jusques au ciel.louanges qui l’élevaient jusqu’au ciel.
Dequoy il ne se faut pas estonner; par ceDe quoi il ne se faut pas étonner; par ce
que cela estot nouueau & mcognu, &
qu ' ’ entre les Orateurs il y en auoit fortqu’’entre les Orateurs il y en avait fort
peu qui eussent cognoissance des preceptespeu qui eussent connaissance des précieux
des Rheteurs, & des opinions des Philodes Rhéteurs, et des opinions des Philosophes.
sophes.Mais maintenant que toutes cesPhilosophes. Mais maintenant que toutes ces
les Orateurs consommassent beaucoup de
temps á reciter leurs harangues grossieres,temps Clélie reciter leurs harangues grossières,
& depourueues d’ art & d’ ornemens; & enet dépurveves d’art et d’ornements; et en
ce temps là c’ étoit vne action digne dece temps là c’était une action digne de
loüange de parler jusques à la nuit.Alorslouange de parler jusqu’à la nuit. Alors
lon faisoit estat des longs exordes, & delon faisait état des longs exordes, et de
la suitte d' vne naration prise de loing; l’ onla suite d’une naration prise de loin; l’on
faisoit parade d’ vn grand nombre de diuifaisait parade d’un grand nombre de diuisions,
sions, & d’ vne chaisne infinie d’ argudiuisions, et d’une chaîne infinie d’arguments;
mens; lon obseruoit tous les preceptesd’arrêtments; lon observait tous les préceptes
qui sont compris dans les liures secs &qui sont compris dans les livres secs et
arides d’ Hermagoras & d’ Appollodorus;arides d’Hermagoras et d’Appollodorus;
& si quelqu vn ayant gousté de la Philoet si quelqu un ayant goûté de la Philosophie,
sophie, en tiroit quelque trait, & l’ enPhilosophie, en tirait quelque trait, et l’enchassait
chassoit dans son oraison, il receuoit desl’enchassait dans son oraison, il recevait des
loüanges qui l’ éleuoient jusques au ciel.louanges qui l’élevaient jusqu’au ciel.
Dequoy il ne se faut pas estonner; par ceDe quoi il ne se faut pas étonner; par ce
que cela estot nouueau & mcognu, &
qu ' ’ entre les Orateurs il y en auoit fortqu’’entre les Orateurs il y en avait fort
peu qui eussent cognoissance des preceptespeu qui eussent connaissance des précieux
des Rheteurs, & des opinions des Philodes Rhéteurs, et des opinions des Philosophes.
sophes.Mais maintenant que toutes cesPhilosophes. Mais maintenant que toutes ces
